Guide · Assurance-vie
Loi de finances 2027 et assurance-vie : ce qui change
Le projet de loi de finances pour 2027, déposé à l'Assemblée nationale le 1er octobre 2026, touche l'assurance-vie par trois articles. Le premier réserve la fiscalité de l'assurance-vie aux contrats qui respectent des critères précis ; le deuxième prélève 17 % sur les contrats en déshérence ; le troisième allège temporairement les dons d'argent. Pour l'immense majorité des épargnants, la fiscalité de leur contrat ne bouge pas. Voici ce que dit le texte, article par article.
📊 L'essentiel en un tableau
Trois articles du projet de loi de finances pour 2027 concernent l'épargne en assurance-vie ou sa transmission. Leurs dates d'application diffèrent, et un seul touche la fiscalité du contrat lui-même.
| Article du projet | Ce qu'il prévoit | Qui est concerné | Application prévue |
|---|---|---|---|
| Article 6 | Fiscalité de l'assurance-vie réservée aux contrats respectant trois critères | Contrats alimentés en titres ou adossés à un fonds dédié contenant des titres liés au souscripteur | Contrats souscrits depuis le 1er octobre 2026 ; décès à compter du 1er juillet 2027 |
| Article 23 | Prélèvement exceptionnel de 17 % sur les avoirs en déshérence | Sommes déjà transférées à la Caisse des dépôts | Solde au 31 décembre 2026, exigible le 1er janvier 2027 |
| Article 4 | Exonération des dons d'argent portée à 50 000 € et taux unique de 6 % | Donateurs aidant un descendant de 18 à 49 ans | Dons consentis du 1er janvier au 30 juin 2027 |
Il s'agit d'un projet de loi, déposé le 1er octobre 2026. Le Parlement peut le modifier par amendement avant son adoption. Nous mettrons cet article à jour après le vote.
🎯 Article 6 : les critères que le contrat devra respecter
L'article 6, intitulé « Protection du modèle de l'assurance-vie », conditionne le régime fiscal de l'assurance-vie, à l'impôt sur le revenu comme au décès, au respect de trois critères. L'exposé des motifs les résume ainsi :
- Les primes sont acquittées en numéraire. Pour les primes versées à compter du 1er octobre 2026, le versement doit se faire en argent, et non par remise de titres.
- Les actifs de référence sont comparables à ceux du code des assurances. Les unités de compte doivent présenter des caractéristiques similaires à celles des actifs autorisés pour les contrats français.
- Aucun titre « maison » dans un fonds dédié. Un fonds dédié, c'est-à-dire un support réservé à un seul contrat ou à un cercle fermé de contrats, ne pourra contenir aucun actif émis, garanti ou dû par le souscripteur, l'assuré, un bénéficiaire, leur conjoint ou partenaire de PACS, leurs ascendants, descendants, frères et sœurs, ni par une société qu'ils contrôlent.
Le texte modifie pour cela le code des assurances, qui interdirait ces actifs dans les fonds dédiés, et le code général des impôts. L'exposé des motifs précise que les contrats étrangers devront présenter des caractéristiques similaires pour bénéficier du régime fiscal de l'assurance-vie.
Ce que perdrait un contrat non conforme
Au décès, un contrat qui ne remplirait pas ces conditions verrait ses capitaux soumis aux droits de succession selon le lien de parenté entre le bénéficiaire et l'assuré, au lieu du régime propre à l'assurance-vie. Ce volet viserait les décès survenus à compter du 1er juillet 2027. En impôt sur le revenu, le régime de faveur serait également réservé aux contrats conformes.
Qui est concerné ?
Selon l'exposé des motifs, ces critères « sont déjà respectés par l'immense majorité des contrats souscrits ». Le texte vise des montages précis : un contrat alimenté par l'apport de titres plutôt que par un versement d'argent, ou un fonds dédié investi dans la société familiale du souscripteur.
Le contrat d'épargne courant
- Versements en argent
- Fonds euros et unités de compte proposées à tous les souscripteurs
- Aucun support réservé à votre seul contrat
Les contrats sur mesure
- Versements effectués par remise de titres
- Fonds dédié investi dans des titres liés à vous ou à votre famille
- Contrat étranger aux supports atypiques
Si votre contrat comporte un fonds dédié, demandez à votre assureur la composition de ce support. Le texte prévoit d'ailleurs que le souscripteur communique à l'assureur les informations nécessaires à l'application des nouvelles règles.
Le calendrier d'application prévu
Le texte distingue trois volets, chacun avec sa date :
- Règles du code des assurances : contrats souscrits à compter du 1er octobre 2026 ; pour les contrats plus anciens, application au 1er juillet 2027.
- Impôt sur le revenu : contrats souscrits à compter du 1er octobre 2026 et, pour les contrats plus anciens, produits issus des primes versées à compter de cette date.
- Droits au décès : décès intervenus à compter du 1er juillet 2027.
Selon le calendrier rapporté par la presse spécialisée, la discussion en séance débute le 12 octobre 2026 et le vote sur l'ensemble du texte est prévu le 17 novembre.
⚠️ Article 23 : un prélèvement sur les contrats en déshérence
Depuis la loi du 13 juin 2014 dite « Eckert », les sommes de certains contrats d'assurance-vie non réclamés sont transférées à la Caisse des dépôts, dans l'attente que leurs bénéficiaires se manifestent. L'article 23 crée un prélèvement exceptionnel de 17 % sur le solde de ces avoirs arrêté au 31 décembre 2026, exigible au 1er janvier 2027. Le gouvernement en attend 1,4 milliard d'euros en 2027.
Le texte garantit la restitution intégrale : si un titulaire ou un ayant droit réclame ensuite les sommes, il les récupère sans diminution, avec les intérêts, l'État remboursant d'abord le prélèvement. Le prélèvement n'ampute donc pas les droits du bénéficiaire qui se manifeste.
Article 4 : les dons d'argent facilités au premier semestre 2027
Hors assurance-vie, l'article 4 intéresse directement la transmission. Pour les dons de sommes d'argent consentis en pleine propriété entre le 1er janvier et le 30 juin 2027 :
- la limite d'exonération du don familial de l'article 790 G passerait de 31 865 € à 50 000 € ;
- un taux unique de 6 % s'appliquerait, dans la limite de 100 000 € par donateur et par donataire, aux dons à un enfant, petit-enfant ou arrière-petit-enfant (à défaut, neveu ou nièce) âgé de 18 à 49 ans ;
- ce taux tomberait à 5 % si le donataire verse au moins 1,1 % des sommes reçues à un organisme d'intérêt général ;
- ces dons ne seraient pas rappelés lors des transmissions ultérieures entre les mêmes personnes.
Aujourd'hui, le don familial de sommes d'argent exonéré jusqu'à 31 865 € suppose un donateur de moins de 80 ans et un bénéficiaire majeur ; il se cumule avec l'abattement de 100 000 € entre parent et enfant. Pour estimer les droits sur une donation, utilisez notre simulateur de droits de donation.
Ce qui ne change pas
Pour un contrat conforme, le projet ne modifie aucune des règles qui font l'intérêt fiscal de l'assurance-vie :
- Prélèvements sociaux à 17,2 % en 2026 sur les gains d'assurance-vie, quand le cas général est passé à 18,6 %.
- Après 8 ans, abattement annuel de 4 600 € (personne seule) ou 9 200 € (couple) sur les gains rachetés, puis taux de 7,5 % pour les primes jusqu'à 150 000 € (versements effectués depuis le 27 septembre 2017).
- Au décès, abattement de 152 500 € par bénéficiaire sur les capitaux issus des primes versées avant 70 ans, puis 20 % jusqu'à 700 000 € taxables et 31,25 % au-delà.
Le détail de ces règles figure dans notre guide complet de l'assurance-vie.
Les pistes débattues, absentes du texte
Le Conseil des prélèvements obligatoires a recommandé, dans un rapport de décembre 2025, de taxer les capitaux d'assurance-vie transmis au décès selon le barème des droits de succession en ligne directe, à partir de la tranche à 20 %, avec un taux maximal de 45 %. Cette proposition figure dans le débat budgétaire, mais elle n'est pas inscrite dans le projet de loi déposé. Elle ne pourrait y entrer que par un amendement adopté au Parlement.
✅ Que faire maintenant ?
Vérifier la nature de vos supports
Si votre contrat ne contient que le fonds euros et des unités de compte ouvertes à tous, rien ne change. Si vous détenez un fonds dédié ou si vous avez versé des titres, demandez à votre assureur une analyse au regard du texte.
Relire votre clause bénéficiaire
Le régime au décès reste inchangé pour un contrat conforme : c'est la rédaction de la clause qui décide qui reçoit le capital, et dans quelles conditions fiscales.
Préparer un éventuel don au premier semestre 2027
Si l'article 4 est adopté, un don d'argent à un enfant ou petit-enfant de 18 à 49 ans bénéficierait d'une exonération portée à 50 000 € pendant six mois. Attendez le vote définitif avant d'agir.
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❓ Questions fréquentes
Le budget 2027 augmente-t-il la fiscalité de l'assurance-vie ?
Pas pour les contrats qui respectent les critères de l'article 6 du projet de loi : primes versées en argent, unités de compte comparables à celles qu'autorise le code des assurances, et aucun titre émis par le souscripteur, sa famille ou ses sociétés dans un fonds dédié. Selon l'exposé des motifs, l'immense majorité des contrats remplit déjà ces critères. Les prélèvements sociaux sur l'assurance-vie restent à 17,2 % en 2026.
Mon contrat d'assurance-vie classique est-il concerné ?
Si vous versez de l'argent et investissez sur le fonds euros ou sur des unités de compte ouvertes à tous les souscripteurs, votre contrat répond aux critères décrits par le texte. Les contrats visés sont ceux alimentés par des titres plutôt que par de l'argent, ou adossés à un fonds dédié contenant des titres liés au souscripteur ou à sa famille. En cas de doute, interrogez votre assureur.
À partir de quand l'article 6 s'appliquerait-il ?
Le texte prévoit des dates différentes selon les volets. Les nouvelles règles du code des assurances s'appliqueraient aux contrats souscrits à compter du 1er octobre 2026, et au 1er juillet 2027 pour les contrats plus anciens. En impôt sur le revenu, elles viseraient les contrats souscrits depuis le 1er octobre 2026 et, pour les autres, les produits des primes versées depuis cette date. Pour les droits au décès, elles viseraient les décès survenus à compter du 1er juillet 2027.
Que deviendrait une assurance-vie en déshérence ?
L'article 23 du projet institue un prélèvement exceptionnel de 17 % sur le solde, au 31 décembre 2026, des avoirs en déshérence déposés à la Caisse des dépôts, dont ceux issus de contrats d'assurance-vie. Si un bénéficiaire réclame ensuite les sommes, il les récupère en totalité, avec les intérêts : l'État rembourse le prélèvement avant la restitution.
Le texte est-il définitif ?
Non. Il s'agit d'un projet de loi : il doit être examiné et voté par le Parlement, qui peut le modifier par amendement. Cet article décrit le texte tel que déposé le 1er octobre 2026 et sera mis à jour après son adoption.
Le don de 50 000 € prévu en 2027 remplace-t-il l'assurance-vie ?
Ce sont deux outils différents. Le projet porterait temporairement à 50 000 € l'exonération des dons de sommes d'argent consentis entre le 1er janvier et le 30 juin 2027, au lieu de 31 865 €. Un don est définitif, alors que l'assurance-vie vous laisse disposer de l'épargne jusqu'à votre décès. Les deux peuvent se combiner dans une stratégie de transmission.
Sources consultées
Projet de loi de finances pour 2027 n° 3210, articles 4, 6 et 23 et exposé général : assemblee-nationale.fr. Prélèvements sociaux 2026 : service-public.gouv.fr. Fiscalité des rachats : service-public.gouv.fr. Prélèvement de l'article 990 I : BOFiP. Don familial de sommes d'argent : service-public.gouv.fr. Calendrier parlementaire et débat sur le barème : France Épargne.
Par Gautier