PER après 70 ans
Depuis la LFSS 2026, les versements PER après 70 ans ne sont plus déductibles fiscalement. Combinée à la chute de l'abattement transmission (de 152 500 € à 30 500 €), cette évolution modifie profondément l'usage du PER pour les seniors. Guide complet des règles actuelles et des alternatives.
L'abattement transmission après 70 ans
Global pour tous bénéficiaires cumulés (contre 152 500 € par bénéficiaire avant 70 ans). Au-delà, le capital PER est réintégré à l'actif successoral et subit les droits de succession classiques.
Depuis le 1er janvier 2026, les versements PER après 70 ans ne sont plus déductibles fiscalement. Combiné à la chute de l'abattement transmission (152 500 € → 30 500 €), le PER perd l'essentiel de son intérêt patrimonial à cet âge. L'assurance-vie devient la solution prioritaire pour les seniors.
La LFSS 2026 : le tournant fiscal
La loi de financement de la Sécurité sociale 2026 a apporté deux modifications structurelles au PER, particulièrement défavorables aux seniors.
Changement 1 : suppression de la déduction post-70 ans
Auparavant, les versements sur PER pouvaient être déduits du revenu imposable sans limite d'âge. Depuis le 1er janvier 2026, cette déduction est supprimée pour les versements effectués après le 70e anniversaire du titulaire. Le principal avantage fiscal du PER disparaît donc à cet âge.
Changement 2 : hausse des prélèvements sociaux
Toujours depuis 2026, les prélèvements sociaux sur les gains PER sont passés de 17,2 % à 18,6 % (hausse de la CSG de 9,2 à 10,6 pts). Le PFU total est désormais de 31,4 % sur les gains PER, contre 30 % pour l'assurance-vie qui bénéficie d'une exemption.
Cumul des impacts pour un senior
Les versements PER après 70 ans deviennent défavorables sur presque tous les plans : plus de déduction à l'entrée, PS augmentés à la sortie, abattement transmission drastiquement réduit. Trois raisons pour lesquelles la stratégie PER doit être fondamentalement revue à cet âge.
Fin de la déduction sur les versements
C'est la mesure la plus impactante pour les seniors qui envisageaient de continuer à alimenter leur PER après 70 ans.
Ce qui change en pratique
- Avant 2026 (versements après 70 ans) : déduction fiscale possible dans le plafond de déduction annuel (4 806 € plancher minimum)
- Depuis 2026 (versements après 70 ans) : aucune déduction fiscale possible, même si le plafond n'est pas atteint
Les versements restent techniquement possibles
Il n'y a pas d'interdiction légale de verser après 70 ans — l'assureur accepte les versements. Mais ces versements sont capitalisés sans avantage fiscal, ce qui rend l'opération peu attractive comparée à l'assurance-vie.
Impact sur les stratégies de fin de carrière
La suppression de la déduction pousse à concentrer les versements PER entre 55 et 68 ans, la fenêtre optimale où la déduction fiscale est maximale et où le blocage jusqu'à la retraite est encore acceptable. Après 68 ans, les nouveaux versements PER perdent leur intérêt principal.
Régime successoral post-70 ans
La transmission après 70 ans est le second aspect fortement dégradé pour les seniors titulaires de PER.
L'abattement passe de 152 500 € à 30 500 €
| Situation | Avant 70 ans | Après 70 ans |
|---|---|---|
| Abattement | 152 500 € par bénéficiaire | 30 500 € global (tous cumulés) |
| Base d'imposition au-delà | Capital transmis (hors gains) | Capital transmis (droits succession) |
| Traitement gains capitalisés | Compris dans l'abattement | Totalement exonérés |
| Régime successoral | Hors succession | Réintégré à l'actif successoral |
| Fiscalité conjoint | Exonération totale (TEPA) | Exonération totale (TEPA) |
Exemple d'impact fiscal du basculement 70 ans
PER de 500 000 € transmis à 2 enfants (250 000 € chacun).
Abattement 152 500 € × 2 = 305 000 € en franchise.
Reste taxable : 195 000 € × 20 % = 39 000 € d'impôt.
Net perçu par les enfants : 461 000 €.
PER de 500 000 € (dont 200 000 € versés après 70 ans) transmis à 2 enfants.
Abattement 30 500 € global sur les primes après 70 ans.
Droits de succession classiques (abattement 100 000 € par enfant + tranches successorales).
Impôt total : ~55 000 - 80 000 € selon la répartition capital/gains.
Comparaison avant/après 70 ans
Résumé synthétique des règles applicables selon l'âge :
Avant 70 ans
- Versements déductibles fiscalement
- Abattement transmission 152 500 €/bénéficiaire
- Hors succession
- Cumul avec AV (152 500 € × 2 enveloppes)
- Cas déblocage anticipé applicables
Après 70 ans
- Plus de déduction fiscale possible
- Abattement transmission 30 500 € global seulement
- Réintégration à l'actif successoral
- Droits de succession classiques
- Cas déblocage anticipé restent applicables
Les alternatives à privilégier
Trois enveloppes patrimoniales sont plus adaptées que le PER pour un senior de 70 ans et plus.
1. L'assurance-vie
L'AV conserve un régime successoral favorable même après 70 ans : abattement 30 500 € global sur les primes + les gains capitalisés restent totalement exonérés de droits de succession. À condition d'avoir dépassé 8 ans d'ancienneté, la fiscalité de rachat reste avantageuse (abattement 4 600 € / 9 200 € couple + taux 7,5 %).
2. Le compte-titres ordinaire (CTO)
Le CTO offre une souplesse totale de gestion et d'accès. Fiscalité PFU 31,4 % sur les gains (idem PER après 70 ans), mais aucun blocage. Successoral classique après décès (abattement 100 000 € par enfant), donc pas particulièrement optimisé.
3. La donation-partage anticipée
Pour les patrimoines élevés, organiser une donation-partage aux enfants du vivant (avec démembrement usufruit/nue-propriété) peut être fiscalement plus efficient qu'attendre la transmission par PER post-70 ans. Consulter un notaire pour évaluer.
Pour un senior 70+ ans avec un PER accumulé, la stratégie optimale est souvent : ne plus verser sur le PER, racheter progressivement pour rebasculer sur assurance-vie (qui préserve les avantages transmission) tout en respectant les seuils fiscaux annuels pour éviter les tranches hautes.
Stratégies pour un PER accumulé
Deux stratégies principales pour un senior détenant un PER conséquent à 70 ans.
Stratégie 1 : Rachat progressif + bascule assurance-vie
Retraité 72 ans, PER 400 000 €, TMI 30 %, 2 enfants.
Plan : rachats fractionnés de 40 000 €/an sur 8-10 ans → capital net progressivement rebasculé sur assurance-vie ouverte avant 70 ans.
Bénéfice : le capital transféré sur AV bénéficie du régime avant 70 ans (152 500 € par bénéficiaire) qui reste applicable puisque l'AV a été ouverte plus tôt.
Stratégie 2 : Conservation + optimisation clause bénéficiaire
Retraité 75 ans, PER 200 000 €, souhaite transmettre à son conjoint (exonération totale TEPA).
Plan : conserver le PER et désigner le conjoint bénéficiaire à 100 %.
Bénéfice : le conjoint est exonéré de toute fiscalité successorale grâce à la loi TEPA, quel que soit l'âge de décès du titulaire.
Stratégie 3 : Sortie totale en capital (fractionnée)
Retraité 76 ans, PER 300 000 €, TMI 41 %, sans conjoint, 1 enfant unique.
Plan : sortir intégralement en capital fractionné sur 5 ans (60 000 €/an), utiliser le capital pour financer aide directe à l'enfant (donations progressives < 100 000 € tous les 15 ans).
Bénéfice : évite le régime transmission post-70 ans défavorable + optimise via les abattements donation.
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Les 3 erreurs à éviter
Erreur 1 : Continuer à verser sur le PER après 70 ans
Sans déduction fiscale possible, chaque versement post-70 ans est capitalisé "à perte fiscale" comparé à l'assurance-vie qui offre les mêmes possibilités d'investissement + régime successoral plus favorable. Basculer les nouveaux versements vers l'AV.
Erreur 2 : Ignorer la transmission avant 70 ans
Un dirigeant de 68 ans avec 400 000 € sur son PER a une fenêtre de 2 ans pour préserver le régime transmission favorable (152 500 € par bénéficiaire). Ne pas anticiper cette échéance peut coûter 40 000-60 000 € d'impôt aux héritiers.
Erreur 3 : Se laisser dépasser par la LFSS 2026
De nombreux seniors ne connaissent pas la fin de la déduction post-70 ans (mesure récente). Continuer à verser par habitude sur des conseils bancaires anciens peut coûter cher. Se tenir informé des évolutions législatives est essentiel après 65 ans.
Par Gautier